Veut-on des paysages sans paysans ?

Ce 6 novembre, à l’occasion de la discussion du budget 2015, j’ai tenu à interroger la ministre de l’écologie, Ségolène ROYAL sur deux sujets d’actualité : la compatibilité de l’éolien industriel terrestre avec la préservation des paysages et l’impossibilité de favoriser la création de retenues d’eau nécessaires à l’agriculture.

“Madame la ministre, au mois de septembre dernier, à l’occasion des Journées du patrimoine, vous avez invité nos concitoyens à mieux regarder nos paysages pour mieux les protéger et les embellir : louable initiative ! Mais, dans le même temps, on voit se développer l’éolien industriel terrestre à proximité de sites touristiques, de zones protégées et de reliefs – c’est-à-dire de lieux où l’impact visuel de ces installations est indéniable. Comment, après cela, parler d’une « relance de la politique du paysage » sans paraître contradictoire ?

Parallèlement, des groupes de pression se déchaînent pour empêcher les aménagements hydrauliques, comme si la valorisation des paysages et des espaces agricoles et ruraux ne dépendait pas directement de l’accès à l’eau, ressource vitale s’il en est. S’il convient de savoir gérer celle-ci de manière globale, encore faut-il tenir compte des potentialités et des spécificités de chaque territoire. Nombre d’agriculteurs ont besoin de sécuriser leur approvisionnement en eau pour produire et assurer des récoltes régulières de qualité, sans pour autant faire de la culture intensive. L’eau, c’est la vie pour les cultures aussi !

Or, lorsque l’on s’aperçoit de la complexité des règles applicables à la gestion de l’eau, il y a de quoi être pris de vertige. Actuellement, il est presque impossible de réaliser de nouveaux aménagements. La malheureuse affaire du barrage de Sivens est loin d’être unique. Dans le département de la Loire, les arboriculteurs des coteaux du Jarez produisent des fruits de qualité dans des conditions de travail difficiles. Grâce à eux, ces espaces sont encore valorisés mais aucun projet d’irrigation collective n’a pu aboutir. Le plus récent d’entre eux, qui visait à la création d’une modeste retenue d’eau à 900 mètres d’altitude, aurait permis une répartition gravitaire de la ressource sur une vingtaine d’exploitations, s’il n’avait été bloqué par un référé proprement abusif devant le juge administratif, formé par des groupes de pression qui se sont autoproclamés défenseurs de l’intérêt général. Pourtant, ce projet était soutenu par l’État et l’ensemble des collectivités territoriales. Les travaux, à peine démarrés, ont été stoppés net, contribuables et agriculteurs continuent cependant de rembourser les annuités tandis que les friches progressent ! Nos normes environnementales dans le domaine de l’eau sont trop contraignantes.

Dans ce contexte très difficile, ne croyez-vous pas, madame la ministre, qu’il serait plus que jamais nécessaire de faire confiance aux acteurs locaux, la définition des besoins en eau ne pouvant se faire qu’à partir du terrain ? Trouvez-vous normal qu’il soit plus facile d’implanter de l’éolien industriel que d’investir pour irriguer et améliorer les pratiques agricoles. Veut-on des paysages sans paysans ?

Réponse de Mme Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. 
“M. Rochebloine a évoqué la nécessité de concilier la protection des paysages et le déploiement des éoliennes : il convient en effet d’être attentif aux études d’impact réalisées préalablement à leur implantation. La simplification du code de l’environnement nous permettra d’ailleurs d’être plus exigeants quant à la qualité de ces études et donc de trouver le juste équilibre entre ces deux objectifs. D’autre part, s’agissant des retenues collinaires, l’instauration du permis unique permettra de simplifier et d’accélérer les procédures.
M. François Rochebloine. Le problème principal vient de ce que des groupes de pression empêchent la réalisation de certains projets.
Mme Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Compte tenu des délais de jugement de la juridiction administrative, il convient sans doute que l’on redéploie les ressources des personnels de l’administration afin d’augmenter les moyens humains de cette juridiction.”

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