edito octobre 2014

“L’indépendance est un statut, l’impartialité une vertu”
Robert Badinter

 

EDITO 

 

Ebola, un révélateur et une vigie 

Ebola, c’est l’histoire d’une épidémie du 21 siècle. Vécue “live” à l’échelle du monde qui vient bousculer et éprouver nos systèmes de sécurité sanitaire. Mobilisation africaine, européenne et mondiale. Mais aussi peur qui gagne. Une peur qui devient virale. 

Ainsi La confirmation d’un deuxième cas d’Ebola dans un hôpital de Dallas a  provoqué une réaction en chaîne aux États-Unis, où la peur de la fièvre hémorragique se propage rapidement. Alors que des écoles fermaient leurs portes  par crainte de contamination, les responsables sanitaires de Dallas et Washington ont présenté leurs excuses aux élus du Congrès pour leur mauvaise prise en charge du premier cas d’Ebola au Texas. En France des parents d’élèves inquiets à cause des projets de voyages en Afrique d’une maman chargée de garder  des enfants. En Espagne les interrogations demeurent sur la contamination d’une aide-soignante à Madrid. 

Bruxelles attend  des “éclaircissements” du ministère de la santé espagnol  sur la défaillance  à l’origine de  l’infection  par le virus Ebola  d’une aide-soignante  à Madrid, le premier cas de contamination hors d’Afrique. On est au bord d’une psychose  collective. Les impacts économiques sont attendus chez les compagnies aériennes, les voyagistes et les assureurs scrutent l’horizon surtout dans leur dimension d’assistance médicale. Et déjà les systèmes politiques sont mis à l’épreuve. 

La présidente du Liberia est blâmée pour sa gestion de l’épidémie. L’opposition et la population s’interrogent sur la réelle affectation des aides versées par la communauté internationale. Dans l’ombre portée du malheur sanitaire, la pieuvre de la corruption. En même temps peut être l’occasion aussi de montrer l’exemple. Comme le Nigeria,  pays qui  a réussi à éradiquer le virus grâce à une surveillance implacable des malades et des contacts. En effet après le Sénégal, l’Organisation mondiale de la santé a reconnu le Nigeria ” Ebola free “, signifiant qu’aucun cas n’est apparu dans la période d’incubation maximale du virus, et que le pays, touché en juillet, est parvenu à se débarrasser de la fièvre hémorragique. Au total, le virus a infecté vingt personnes dont huit mortellement. 

Nous voilà dans un mode vigilance, mais avec la dimension médiatico-politique. Agir mais aussi montrer qu’on est à la manœuvre. Soucieux de structurer la riposte face à Ebola, mais aussi de rassurer les Américains qui ont « peur », le président Barack Obama  a nommé d’une « star », chargée de coordonner la détection, l’isolement et le traitement des personnes touchées par le virus. Ron Klain, avocat, fin connaisseur des rouages de Washington, devra être le garant d’une bonne coordination entre les différents services de l’administration pour protéger les Américains, mais aussi s’assurer que les efforts déployés aux États-Unis ne se fassent pas au détriment de « l’engagement agressif pour arrêter Ebola à la source, en Afrique de l’Ouest ». Ebola renvoie à des évidences qui viennent nous sauter aux yeux. La crise du virus Ebola, est en train de décimer des pays comme le Liberia et la Sierra Leone et  illustre de manière dramatique la pénurie de professionnels de la santé dans les pays sous-développés – et aussi, et surtout, l’impérieuse nécessité d’aider leurs universités à former sur place davantage de médecins et d’infirmières. Mais c’est aussi l’éthique qui est convoquée lorsqu’il s’agit de choisir les bénéficiaires des traitements expérimentaux. 

Ecoutons dans une actualité qui zappe, les humanitaires de Médecins sans frontières qui  sont en première ligne dans la lutte contre l’Ebola, nous dire à propos de “la file de ceux qui espéraient être accueillis dans le centre : « Certains mouraient devant la porte, d’autres dans la salle d’attente ». Le nombre des admis ne pouvait excéder le nombre de lits libérés par les décès de la nuit précédente : « Les autres, on les renvoyait dans leur famille avec un kit de décontamination… ».
Espérons que l’Europe si souvent décriée soit à la hauteur. L’occasion de découvrir la commissaire à la Réaction aux crises de l’UE Kristalina Georgieva qui estime que l’Europe doit prendre des précautions à ses frontières, mais que l’urgence est de coordonner l’envoi de l’aide en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui les crises sont globales, mais les responsabilités sont nécessairement partagées et chacun dans sa parcelle de pouvoir et de compétence est concerné. Ceux qui tentent de décoder ce qu’il en est comme nous le faisons, comme ceux qui agissent.

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