Désarmement nucléaire

Les accords de désarmement nucléaire viennent d’être signés entre les Etats-Unis et la Russie et il faut convenir d’une chose, c’est que l’Europe a été mise devant le fait accompli même si on sait que américains et russes se voient régulièrement puisqu’ils s’étaient déjà rencontrés en décembre dernier. Les accords « shart  » marquent en réalité une étape qui était prévue depuis 2002, lors de l’accord « short » entre les deux mêmes puissances. Cet accord « short » est donc le précédent traité de Moscou sur la réduction des arsenaux nucléaires stratégiques. Je ne suis pas du tout convaincu par cette espèce de poudre aux yeux lancée par ces deux puissances. En effet, par rapport à la menace, on reste encore dans des arsenaux démesurés et en contre partie le reste du monde avec des arsenaux bien plus réduits ne sont pas dans la négociation. Nicolas Sarkozy ne va surement pas tomber dans ce piège grossier et ne diminuera pas l’arsenal français.

Ceci dit, en matière de désarmement nucléaire ou de baisse des arsenaux en Europe il n’y a que deux pays concernés la France et la Grande Bretagne. Quelle peut être la position britannique ? Il faut savoir une chose, c’est que la Grande Bretagne a déjà pour une large part renoncé à son armement nucléaire. Il faut savoir également que l’armement britannique est inféodé à celui des Etats-Unis ne serait ce que parce que les missiles sont américains. Le problème pour la Grande Bretagne est donc de démontrer qu’elle reste une puissance nucléaire et qu’elle est capable de la mettre en oeuvre si on le lui demandait. Reste qu’elle aura de la difficulté à le faire car elle n’a pour ainsi dire pas d’autonomie et son arsenal nucléaire est en voie de déliquescence.

La position de la France est tout à fait différente. Si le président de la République le décide, elle ne sera en aucune façon concernée par les accords russo-américains. Pourquoi est ce au bon vouloir du Président ? Pourquoi seule la France peut ne pas être touchée ? Je vais d’abord répondre à la seconde question. Les autres pays européens que la France : Allemagne, Italie, Belgique, Pays-bas possédent du matériel américain. Ils possédent donc du matériel qui leur permet d’avoir la puissance du nucléaire sans avoir à en payer les coûts financiers et politiques. Quand les américains vont commencer à retirer leur armement nucléaire en Europe ce sont ces pays qui vont être directement touchés. En ce qui concerne la France, c’est différent car elle a fait de gros efforts afin de se doter de l’arme nucléaire et de ses vecteurs, la triade : sous-marins, avions, missiles.

C’est le 22 février 1996 que la France tirant les leçons de l’évolution du contexte stratégique a annoncé sa décision de renoncer à la composante sol-sol de sa dissuation nucléaire et de retirer les missiles mobiles et stratégiques qui étaient implantés sur le plateau d’Albion. Lors de son discours de Cherbourg le 21 mars 2008, Nicolas Sarkozy a proposé l’ouverture de négociations sur un traité interdisant les missiles sol-sol de portée courte et intermédiaire. La France n’a donc plus que deux composantes : la composante sous-marine et la composante aérienne. Voilà pourquoi après le retrait américain la France va être la seule en Europe à posséder l’arme nucléaire et voilà pourquoi il dépend du président de la République qu’elle le demeure. En renonçant aux missiles sol-sol la France a fourni son effort en matière de désarmement et elle ne doit pas aller plus loin. Elle doit garder ses deux composantes.

Néanmoins la question se pose de savoir si la France à la possibilité de rester à l’écart d’une discussion commune avec les autres grandes puissances nucléaires responsables notamment les Etats-Unis et la Russie, et dans une moindre mesure la Chine et ensuite Isarël, le Pakistan et l’Inde ? Il y a évidemment et on s’en doute une école plus ou moins pacifiste qui dit  » Il faut faire un mouvement, il faut bouger, il ne suffit pas de dire que nous avons déjà fait des efforts avec nos missiles sol-sol, nous restons tout seul, nous n’avons rien à vous demander et vous n’avez rien à nous demander ». Cette école demande donc que l’on poursuive le mouvement de désarmement. Cette théorie semble en autre soutenue par deux anciens Premiers ministres Michel Rocard et Alain Juppé qui ont fait un papier dans « le Monde » et qui demandent à ce que la France s’aligne sur ce que prône le président Obama à savoir le désarmement nucléaire total. En revanche Jean Pierre Chevénement est beaucoup lucide. Il a émis un rapport dans lequel il donne bien les enjeux et les propositions dont la plupart sont réalistes tels que la zone de basse pression nucléaire, l’accés sur le nucléaire civil, qui rappelons le est un des enjeux du TNP ( traité de non prolifération), et bien sûr la position de la France. La position de Rocard et de Juppé n’est pas aussi claire car on sait très bien et eux particulièrement qu’en aucun cas on ne parviendra au global zéro, en aucun cas on ne parviendra au désarmement total. Les deux anciens Premiers ministres n’ont probablement pas totalement exprimé le fond de leur pensée ou alors « le Monde  » n’en a tiré qu’un extrait, mais il faut être lucide et voir les choses en face. En effet il y a un intérêt pour les Etats-Unis et la Russie à reduire les armements des autres et là dedans, la France est un des seuls pays au monde et le seul en Europe qui n’a pas besoin de négocier quoique ce soit et avec qui que ce soit étant donné qu’en tant que puissance nucléaire, elle se doit d’être à la table des discussions et ça c’est quelque chose qui est mal perçu. Or, il n’y a plus rien à négocier car depuis quelques années on a supprimé la composante terrestre et on a réduit d’un tiers la composante maritime et la composante aéroportée . Il est quand même difficile de faire plus. Tout dépend maintenant du président de la République.

Bien sûr et je le sais pour en avoir parlé on pourra m’avancer le fait que la France est dans un système d’alliance et de cohérence internationale, elle doit donc observer ce qui se passe autour d’elle, elle doit s’intégrer dans un mouvement général et doit participer aux discussions, encore faut-il qu’elle y soit invitée. Ce n’est évidemment pas ma position et je le justifie ainsi: La France a déjà fait des efforts, je l’ai dit, ce qui est déjà bien et elle a en fait encore beaucoup plus en interrompant ses essais nucléaires ce que les américains n’ont pas fait et il faut savoir que aujourd’hui la France n’est plus en mesure de reprendre ses essais.

La réalité, c’est que pas un des pays européens de l’Europe occidentale n’a souhaité discuter avec la France . Nous allons donc nous trouver dans une situation stratégique un petit peu nouvelle et que l’évènement, qui ne figure pas dans le document signé le 8 avril entre Obama et Medvedev, qui est le retrait probable de la totalité des armes nucléaires tactiques entreprosées en Europe dans les 4 pays cités, va sans doute entraîner de facto une reflexion et un besoin d’en parler avec les alliés. A partir de là on connaît le processus habituel : les 4 pays que sont l’Allemagne, l’Italie, La Belgique et les Pays Bas vont tout d’abord en parler avec les américains. Il faut profiter de cette phase nouvelle et dans cette phase, le fait d’avoir conforté notre dissuation, d’avoir réduit notre capacité, d’avoir intégré la défense anti missile dans la reflexion, à la fois pour montrer qu’elle était complémentaire de la dissuation mais aussi qu’il était nécessaire de s’en occuper et c’est tout la problèmatique de l’alerte annoncée, permet d’arriver à la négociation dans de bonnes conditions dans l’intérêt de tous dont celui de la France et c’est probablement la préoccupation première du président de la République.

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