L’INTERVIEW DU MOIS

Alvaro Rendon, président honoraire d’ECHO (Entraide de la Catastrophe des Hauteurs du Sainte-Odile)

 Le 20 janvier 1992 a eu lieu la plus grande catastrophe aérienne de la région alsacienne. Un avion Airbus A 320 de la compagnie Air Inter, qui faisait la liaison Lyon-Strasbourg, s’est écrasé sur le Mont Sainte-Odile avec 90 passagers et 6 membres d’équipage à bord. 87 personnes ont péri dans le crash.

Au lendemain de la catastrophe est née l’association ECHO dont le JAC s’est fait « l’écho » dans ses éditions passées. Alvaro Rendon, qui a perdu son épouse dans l’accident, l’a présidée de 1994 à 2014. Jusqu’en 2011, il a mené tous les combats judiciaires de l’association, avec force conviction et détermination.

Malgré la relaxe générale des prévenus dans cette affaire et l’abandon des actions judiciaires, ECHO se tourne résolument vers l’avenir.

 

Dans votre lettre aux membres d’ECHO à la veille de l’assemblée générale du 1er mai, vous envisagiez la dissolution de l’association. Mais un nouveau président, Bernard Laumon, a été élu. Pourquoi et comment continuer ?

Lors de l’assemblée générale qui a eu lieu à l’occasion du 20e anniversaire de l’accident en 2012, l’enthousiasme pour faire perdurer l’association était présent mais il y avait aussi de la lassitude. Nous avons connu deux années de flottement (2012-2014). Alors que se profilait une éventuelle dissolution de l’association, une information relayée également par les médias, il s’est produit un électrochoc :  à l’unanimité, nous avons décidé de continuer ensemble. J’ai démissionné du poste de président ainsi que Dominique Beguin, secrétaire, et notre trésorier. Pour assurer la continuité, j’ai accepté de siéger au conseil d’administration.

Pendant toutes ces années, nous avons été soudés. 22 ans après le crash, plus de 50 personnes se sont manifestées. Les survivants nous ont accompagnés : 6 d’entre eux étaient présents lors du 20e anniversaire. Il n’y a pas eu de fissures dans notre combat, notre attitude, notre union. Nous avons essayé de ménager toutes les susceptibilités, les sensibilités, pour pouvoir continuer. Cela a fait notre force.

ECHO est devenue une référence morale pour d’autres associations dans ce combat que nous avons mené à son terme. Seule la Cour Européenne des Droits de l’Homme aurait encore pu statuer sur la longueur excessive de la procédure.

Nous continuerons à organiser des assemblées générales, dans le souvenir et l’amitié, et à soutenir d’autres associations.

 

Quel regard portez-vous sur vos 20 années de présidence d’ECHO ?

Je ne ressens aucune frustration. Nous avons combattu dans la sérénité et la légalité, aux yeux de tous les jeunes concernés par cet accident, et notamment mes propres enfants. Nous avons fait tout ce que la loi permettait. Nous sommes toujours restés dignes.

 

Quels contacts avez-vous avec d’autres associations de victimes de catastrophes aériennes ?

J’ai été en contact étroit avec les associations du Rio-Paris, de Charm el-Cheikh, de l’AVCA (Association des Victimes de la Catastrophe Aérienne du 16 août 2005), de Phuket. J’ai été régulièrement invité à leurs assemblées générales. Lorsque je m’adressais à leurs membres, je voyais la même détresse que la nôtre le jour de l’accident.

 

Avec le recul, quels conseils donneriez-vous aux familles de victimes qui s’engagent dans un combat pour faire connaître la vérité ?

Travailler dans la sérénité, le consensus, le respect de toutes les sensibilités et le respect de la loi. Chacun a sa manière de faire son deuil, de s’engager. Des jeunes se sont manifestés 14 ans après l’accident au moment du premier procès à Colmar (2006). Nous avons eu la chance d’avoir à nos côtés, parmi les familles des victimes, un pilote d’A320.

Il faut aussi exiger que les compagnies aériennes offrent, chaque année, un billet d’avion aux familles des victimes pour qu’elles puissent se recueillir n’importe où dans le monde, sur le lieu du crash.

 

Actuellement, existe-t-il à votre connaissance de nouvelles procédures judiciaires en cas de catastrophe aérienne ?

A ma connaissance, non.

ECHO a été précurseur sur plusieurs points. Elle a été la première association à siéger en tant que partie civile aux procès, grâce à notre avocat Maître Ney.

En revanche, la loi Fauchon (10 juillet 2000) – qui a fixé une nouvelle définition des délits non intentionnels - fut une catastrophe judiciaire au beau milieu de notre combat.

En quoi la médiatisation de votre action a-t-elle servi votre combat ?

Elle l’a servie énormément. Sans les médias, nous ne serions pas allés au terme de notre combat. Les médias ont été une véritable caisse de résonance. Par rapport à d’autres associations, notre action avait « l’avantage » d’être circonscrite géographiquement et tout près des lieux de l’accident.

 

Propos recueillis par Myriam Buanic, rédactrice en chef du JAC

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