A la découverte des nanomatériaux

L’OCDE a mis en ligne en juin 2015, par l’intermédiaire de son site internet une série de documents faisant le bilan des connaissances et des tests réalisés à ce jour sur les nanomatériaux.

Avant d’aller plus loin, revenons sur le cheminement qui a permis d’en arriver là. En effet, le démarrage de cette aventure remonte à 2006 par la création du groupe de travail WPMN (Work Party on Manufactured Nanomatérials). C’est en 2007 que le groupe a réellement commencé à structurer sa démarche avec pour objectif principal de tester les nanomatériaux sur la base de méthodes spécifiques (1). Cette démarche est par contre limitée aux industries chimiques.

Afin de pouvoir structurer efficacement celle-ci, en 2009 un programme a été établi, il a d’ailleurs été remis à joue en 2010 avec la création des DDPs (2). Celui-ci s’appuie notamment sur l’examen des lignes Directrices de l’OCDE en matière d’essais de produits chimiques et a permis de contribuer à l’élaboration d’un manuel de conseils pour le tests des nanomatériaux.

Ce programme a été établi en coopération avec les pays membres et aussi les principales économies émergentes, comme la Chine, la Fédération de Russie, l'Afrique du Sud et la Thaïlande.

Ce programme fait notamment état de 59 critères retenus, répartis sur 7 catégories et qui vont permettre de créer une base commune des connaissances. La liste des substances composant la base a été arrêtée sur les substances suivantes, i) Fullerènes C60, ii) Nanotubes de carbone simples et complexes, iii)Nano Argent, iv) Nanoparticules métalliques, v) Dioxyde de Titane, vi) Oxyde d’Aluminium, vii) Oxyde de Cérium, viii) Oxyde de Zinc, ix) Dioxyde de Silicium, x) Dendrimères, xi) Nanoargile, xii) Nano Or.

Les 7 critères retenus pour la création de cette base sont i) informations et identifications du produit, ii) les propriétés physico-chimiques du produit, iii) la biodégradabilité et la biopersistance dans l’environnement, iv) les effets toxicologiques et éco-toxicologiques, v) la toxicité environnementale, vi) la toxicité des mammifères, vii) la sécurité intrinsèque du produit.

Ces publications sont accessibles sur le site internet de L’OCDE par ce lien (3) et elles ne sont disponibles qu’en anglais. Afin de faciliter la recherche des informations contenues dans tous ces documents, il existe un tableur excel permettant d’avoir une synthèse des informations existantes classées par substance et par critères et disponible à l’adresse suivante (4) .

Les différentes activités industrielles potentiellement intéressées ou définies comme telles sont particulièrement nombreuses et afin de faciliter l’accès à l’information, l’INRS a édité un document en juin 2014 sous la référence ED 6174 qui permet d’avoir une synthèse des définitions et les applications des différents nanomatériaux.

A titre d’exemple, nous pouvons faire un focus sur le nano Argent utilisé actuellement dans plusieurs secteurs d’activités et dans pléthore d’applications car il possède une faculté intrinsèque antibactérienne (qui fait également l’objet d’un dossier de test élaboré par la Corée et les Etats-Unis).

Nous pouvons notamment évoquer l’utilisation de ce nanomatériau dans certains dentifrices, déodorants et shampoing en cosmétique, vernis et peintures, pansements et gels en pharmacie.

Comme nous le voyons ci-dessus, les applications et produits concernés sont multiples et de fait il paraît naturel voire instinctif d’essayer d’identifier les dangers liés à l’utilisation de ce nanomatériau. Il serait tout à fait normal de penser que les publications mises en ligne par l’OCDE pourraient permettre d’y parvenir, or en introduction de chaque document, il est bien précisé que les informations contenues dans ces documents ne sauraient engager la responsabilité des chercheurs qui ont travaillé à l’élaboration de ces tests mais relèvent plutôt de l’interprétation que le lecteur va en faire. En aparté et pour conclure sur le sujet, c’est peut-être la raison pour laquelle l’ANSES, dans son dernier rapport sur le nano Argent, ne conclue pas sur la dangerosité de celui-ci.

En conclusion, il paraît délicat d’utiliser ces documents pour démarrer une évaluation des risques, même si certaines informations tentent de mettre en évidence une dangerosité sous-jacente.

Dans l’état actuel des connaissances, n’est-il pas plus efficace et adapté d’avoir recours au principe de précaution (qui ressemble à la mise en garde de l’OCDE sur ces documents) ou au contraire d’utiliser le principe d’innovation qui permet de rester actif voire proactif en fonction de l’évolution des recherches scientifiques et face aux évolutions réglementaires certaines car elles sont, à l’heure actuelle, quasi-inexistantes, peu adaptées ou défavorables aux entreprises. La question reste dans tous les cas ouverte …

Richard BERNARDEAU

Préventeur QHSE

www.addi6.fr

 

1 Les propriétés intrinsèques d’une substance sont différentes à l’échelle nanométrique et nécessite d’adapter les méthodes de tests.

2 Dossier Development Plans

3 www.oecd.org\chemicalsafety\nanosafety\overview-testing-programme-manufactured-nanomaterials.htm

4 www.oecd.org\chemicalsafety\nanosafety\dossiers-and-endpoints-testing-programme-manufactured-nanomaterials.htm cliquez ensuite sur le lien EndPoint Finder Spredsheet

 

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