Bienvenue sur le Journal des Accidents et des Catastrophes | Avril 2016 | N°163.

EDITO N° 163

 

Claude-Lienhard

 

Handicap et société

Notre société, en ces temps troublés, doit être solidaire et attentive aux handicaps. Il faut agir effectivement et oser.

Et, comme souvent, regarder ailleurs.

Aux États-Unis, John Roberts, président conservateur de la Cour Suprême a assermenté pour la première fois douze avocats, membres de l'association des sourds et malentendants du barreau (DHHBA), qui ont prêté serment en avril. Voilà le  langage des signes qui fait irruption le temps de l’assermentation au plus haut niveau de l’institution judiciaire.

Pour l’occasion, la haute Cour avait également accepté l’utilisation des tablettes et téléphones dans son enceinte alors qu’elles sont d’ordinaire totalement prohibées. Une transcription de la cérémonie était en effet accessible aux avocats concernés directement sur leurs appareils électroniques. Ceci démontre la nécessité de s’adapter à l’autre lorsqu’il est différent. Me Anat Maytal, présidente de la DHHBA, a jugé très prévenant, de la part de John Robert, d’accueillir cette assermentation. Ainsi démonstration est faite que le monde judiciaire, fait de mots et de paroles, peut s’ouvrir au handicap et que les avocats sourds et malentendants sont tout aussi qualifiés et peuvent tout autant réussir.

C’est en Belgique ensuite que notre regard se porte.

Parler de la vie amoureuse et sexuelle des personnes handicapées est encore un tabou. Pourtant, les approches évoluent, notamment depuis un documentaire The Scarlet Road, de Catherine Scott,  qui suivait une travailleuse du sexe australienne qui s’occupe des personnes handicapées.

Pour trouver des solutions, une structure associative belge a donc décidé de mettre en place un salon traitant de la vie relationnelle, affective et sexuelle, organisé pour, et prioritairement, avec des personnes handicapées intitulé Envie d’amour à Namur. Cet événement a permis aux personnes handicapées et à leurs proches de rencontrer les services actifs dans le domaine de la vie affective et sexuelle, de poser des questions à des sexologues, psychologues, médecins et juristes, de s’informer sur la législation et les risques d’arnaque sur Internet. Voilà encore un domaine ou des progrès sont à faire dans l’ombre portée en France de la réparation intégrale et de la souplesse de la nomenclature Dintilhac.

 

Des Attentats et de leurs suites……..

Une étude médicale

La prise en charge des victimes d’attentats doit être effective et s’inscrire dans la durée. L’actualité, presque chaque jour, nous délivre son lots d’informations diverses.

Ainsi nous est annoncé une nouvelle thérapie développée au Canada, dans le cadre d'une grande étude qui sera lancée prochainement dans une dizaine de centres et hôpitaux franciliens. La méthode « runet » déjà testée avec succès sur plusieurs centaines de personnes, essentiellement au Canada, vise à diminuer la charge émotionnelle d'un souvenir traumatique grâce à un traitement de six semaines associant un médicament et une psychothérapie.

Selon le Pr Brunet professeur de psychiatrie à l'université McGill à Montréal, « Le stress post-traumatique est un trouble lié à la mémoire, et notamment à la mémoire émotionnelle ». Mise au point au début des années 2000, cette  thérapie consiste à intervenir sur le souvenir émotionnel « qui va graduellement s'éroder » chez les personnes atteintes de SPT, comme c'est normalement le cas chez une personne non traumatisée, alors que le souvenir factuel de l'événement restera intact. Est utilisé le propanolol, un médicament déjà employé contre l'hypertension et la migraine : le patient est invité à prendre un comprimé une heure avant la première séance au cours de laquelle il doit écrire le récit de son trauma. La semaine suivante, après avoir avalé un nouveau comprimé, il est invité à relire son récit initial et ce pendant six semaines au total à l'issue desquelles le texte ne correspond souvent plus à son ressenti.

Cette annonce suscite beaucoup d’interrogations. D’abord l’annonce faite à grand renfort médiatique, comme si la médecine avait prioritairement besoin de cette reconnaissance avant même la publication des résultats à venir,

Bien sûr, le fait qu’une telle étude soit menée consacre une fois encore l’évidente reconnaissance des dommages psychiques des victimes directes et indirectes, ici des attentats, mais ce constat va bien au delà. Les interrogations portent aussi sur les risques liés à ces démarches novatrices dans notre culture de la réparation, dans l’articulation avec les évaluations médicolégales temporaires ou définitives des préjudices découlant de ce type de dommages. Il faut donc inciter à l’extrême prudence

Des victimes en situation d’incompréhension

Cinq mois après l'assaut contre un appartement à Saint-Denis où se trouvait l'un des participants des attentats de Paris la grande majorité des habitants de l'immeuble -inhabitable depuis l'opération- n'a toujours pas été relogée. L'association Droit au Logement s’en est émue.

Les victimes des attentats, habitants du 48 rue de la République, ont été hébergées dans des hôtels par le 115 et se sont constituées en association. Elles ont conduit de nombreuses démarches face à l'indifférence affichée des pouvoirs publics. Sur 45 ménages, seules 14 familles auraient  été relogées, essentiellement sur décision de la mairie de St Denis. Depuis deux mois, aucun relogement n'a été mis en oeuvre. Les régularisations sont bloquées : l'administration  exigeant  des papiers impossibles à fournir, ou restés dans les logements condamnés et inaccessibles. La reconnaissance du statut de victime d’attentat continue d’être contestée aux habitants du 48, pourtant victimes directes d'un acte d'attentat. Une situation qui à l’évidence interpelle !

Des photos de victimes

La XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris a eu à juger une photographe et le magazine VSD poursuivis pour avoir publié un cliché d’une victime des attentats de Paris.`

Le 13 novembre,  aux abords du Bataclan, les secours prennent en charge un jeune homme, allongé sous une couverture de survie. La photographe Maya Vidon-White saisit l’événement. La personne photographiée ,qui décédera, a le visage ensanglanté et est  n partie dévêtue. 

Le 17 novembre, le magazine VSD publie un « numéro spécial attentats ». La photo est publiée sur une double page sans floutage. La légende   indique qu’il s’agit d’un « rescapé allongé sur le sol, dans l’attente d’une évacuation. Il fait partie des spectateurs qui ont échappé de peu au pire durant les deux heures d’horreur causées par les trois terroristes ».  La famille de la victime est choquée par la publication. C’est un débat juridique qui a surgi lors de l’audience concernant le champs d’application de la loi Guigou, rarement appliquée, qui « interdit de diffuser, sans l’accord de l’intéressé, la reproduction des circonstances d’un crime ou d’un délit portant gravement atteinte à la dignité de la victime ». Ce texte pénal d’interprétation a priori stricte concerne-t-il aussi une victime décédée ? 

Le président  de la chambre s’adressant à la famille  a pris le soin  d’ expliquer  que ce débat juridique, qui pouvait  sembler « dérisoire » face à leur douleur, était incontournable. La conjugaison du droit à l’information et la protection des victimes est un exercice délicat. Le jugement sera rendu le 20 mai 2016.

Risques Etudes et Observations

Risques Etudes et Observations | RISEO

RISEO 2014-1 est en ligne ! Il est consacré au démantèlement des installations nucléaires civiles. Au travers d'une dizaine de contributions, ce numéro, particulièrement dense, dresse un état des lieux du point de vue juridique mais aussi au plan économique sur cette thématique et du rôle des différents intervenants dans cette opération.

Université de Haute Alsace

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